Chutes de neige inattendues
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Chutes de neige inattendues #006

Chutes de neige inattendues

C’Ă©tait un jeudi de travail comme les autres : mon mari Ă©tait Ă  son bureau au terminus de la ligne de train, j’Ă©tais Ă  mi-chemin entre son site et la maison.

Nous venions d’emmĂ©nager, depuis quelques mois, dans notre nouvelle habitation au milieu des collines.

Pour tout dire, les yeux rivĂ©s sur mon Ă©cran, bien loin d’une fenĂȘtre donnant sur le monde extĂ©rieur, la mĂ©tĂ©o m’importait peu.  Les murmures de mes collĂšgues affolĂ©es finirent par Ă©veiller mon attention : de façon tout Ă  fait inattendue, il neigeait gros comme le poing !  

De toute Ă©vidence, l’heure de retrouver mon mari dans le train approchait.  Les trottoirs, les toits croulaient sous la neige Ă©paisse.  ArrivĂ©e Ă  la gare, un flux impressionnant de voyageurs pendus au tĂ©lĂ©phone m’entourait.  Mon train Ă©tait aux abonnĂ©s absents, or, mon mari m’avait certifiĂ© que celui-ci circulait puisqu’il s’y trouvait !  

Par acquit de conscience, je me connectais sur le site de la compagnie des chemins de fer.  Le train n’irait pas plus loin qu’ici.  Les fortes chutes de neige inattendues avaient eu raison du rĂ©seau ferroviaire.  Je prĂ©vins mon mari par message.  En mĂȘme temps, je lui annonçais m’informer des horaires d’autocar, la potentialitĂ© de louer une voiture ou prendre un taxi, histoire de pouvoir rentrer Ă  la maison ce soir.

Que nenni !  Nous n’avions plus aucune possibilitĂ© de rentrer chez nous, les trains bloquĂ©s jusqu’Ă  nouvel ordre, pas de bus, pas de taxi, ni mĂȘme une location de voiture. Rien : nous Ă©tions Ă  la rue loin de chez nous, en tailleur et mocassins.

Finalement, le train de mon mari arrive en gare, tout le monde descend.  Nous Ă©tions donc jeudi soir et je travaillais le lendemain.  Les horaires de mon mari Ă©tant plus souples, il pouvait envisager de poser un jour de congĂ© en derniĂšre minute, ce qu’il fit.  Pour l’heure, nous Ă©tions piĂ©tons en pleine ville, le soir aprĂšs le boulot, mais ensemble !  Dans notre position, c’Ă©tait presque du luxe !

Compte tenu de la situation, il n’y avait qu’une seule chose Ă  faire : rester calme et trouver un logement pour la nuit.  Inutile de vous dire que tous les hĂŽtels alentours Ă©taient pris d’assaut et notre mĂ©connaissance des bons plans ne nous permettait pas d’y songer.

NĂ©anmoins, une possibilitĂ© s’offrait Ă  nous : une amie accueillait quelques fois des voyageurs.  Je tentais de la joindre en espĂ©rant que sa chambre serait opportunĂ©ment disponible pour ce soir !  

Fort heureusement, notre amie pouvait nous hĂ©berger pour la nuit, quelle aubaine !  Nous nous sommes dirigĂ©s vers un petit commerce pour les objets de premiĂšre nĂ©cessitĂ©.  Enfin, nous voilĂ  arrivĂ©s chez notre hĂŽtesse jusqu’au lendemain matin.

AprĂšs les remerciements chaleureux que mĂ©ritait grandement notre amie, je me suis rendue Ă  mon travail.  En parallĂšle, mon Ă©poux partit Ă  la recherche d’un transport vers la maison.

MalgrĂ© de nombreuses annulations et autres retards, un autocar est enfin disponible.  AprĂšs plus de deux heures d’un trajet chaotique, mon mari a retrouvĂ© notre voiture et prit la route vers chez nous.

La route ?  Quelle route ?  La neige a terrassĂ© tous les feuillus, ils sont en mikado en travers du chemin, personne ne passe.  Mon mari, gare la voiture oĂč il peut.  En MoliĂšres, il marche entre les arbres arrachĂ©s sur prĂšs de deux kilomĂštres. Pour tout dire, il a de la neige jusqu’aux genoux quand il ne doit pas escalader les troncs pour se frayer un chemin.

Enfin arrivĂ© Ă  la maison, trempĂ© et transit de froid, il dĂ©couvre une panne d’Ă©lectricitĂ© : plus de chauffage, une ambiance glacĂ©e, la dĂ©solation !  C’est Ă©videmment Ă  ce moment-lĂ  que je l’appelle pour lui annoncer mon retour.  Je vais bientĂŽt arriver Ă  la gare, ayant rĂ©ussi Ă  prendre le seul bus de l’aprĂšs-midi.  Encore aujourd’hui, je remercie infiniment mon patron de l’Ă©poque d’avoir Ă©tĂ© aussi comprĂ©hensif et humain, me laissant quitter mon poste bien avant l’heure !

Pour l’instant, mon mari est dĂ©pitĂ© de voir notre foyer, habituellement si chaleureux, froid comme la mort.  Estimant toutes les rĂ©parations d’urgence Ă  effectuer, lĂ -dessus, il doit repartir vers la voiture pour me rĂ©cupĂ©rer Ă  la gare !  

Pauvre homme !  PrĂ©voyant, il s’Ă©quipe de vĂȘtements chauds et chaussures appropriĂ©es Ă  la neige.  Il anticipe et prend le tout en double pour que je puisse, moi aussi, ĂȘtre protĂ©gĂ©e du froid sur les deux kilomĂštres de « promenade » pour rentrer.

Sa tension est Ă  son comble !  Alors qu’il me rĂ©cupĂ©rait sur les chapeaux de roues, mon mari me narrait la situation dĂ©solante.  Il avait les larmes aux yeux de dĂ©sappointement face au dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments et Ă  prĂ©caritĂ© de notre confort actuel.  Compatissante et encore inconsciente de la rĂ©alitĂ©, j’essayais de l’apaiser comme je pouvais mais vis qu’il serait opportun de faire le plein de la voiture avant de remonter vers la maison.  DĂ©licatement, je lui suggĂ©rais de faire le dĂ©tour pour la pompe de carburant la plus proche.  

Histoire de bien l’Ă©nerver, les pompes Ă©taient assaillies de tous les vĂ©hicules de la rĂ©gion.  Ils ont dĂ» se donner rendez-vous au mĂȘme endroit, au mĂȘme moment que nous pour se ravitailler.

NĂ©anmoins, mon mari s’engage dans le couloir pour prendre son tour et poursuit son monologue sur la tĂąche qui l’attend avant de devoir partir pour une semaine, me laissant seule dans notre logis glacĂ©.

AprĂšs quelques minutes d’attente, la patience de mon mari avait atteint ses limites : ni une ni deux, il enclenche la marche arriĂšre sans prĂ©avis et sans regarder derriĂšre lui !

Evidemment, une autre voiture Ă©tait arrivĂ©e entre-temps !  Evidemment, il a rencontrĂ© l’obstacle !  Il Ă©tait fou de rage !  Ce n’Ă©tait VRAIMENT pas le moment de provoquer un accident !

Pour ma part, j’avais dĂ©jĂ  prĂ©rempli la partie B du constat.  En effet, en cas d’accident, j’avais notĂ© que les assurĂ©s apprĂ©ciaient d’ĂȘtre le vĂ©hicule A.  Bien que cela ne change rien, ils ont l’impression d’ĂȘtre mis en avant, d’une certaine maniĂšre, ils se sentent importants, mieux considĂ©rĂ©s.  C’est dans ce but que j’opte pour ĂȘtre le vĂ©hicule B.  Voyez mon article sur le sujet

D’autre part, cela fait gagner du temps de transcrire, au prĂ©alable, les renseignements se trouvant sur la carte verte.  Autant anticiper sur les points indĂ©niables, Ă©vitant ainsi un stress supplĂ©mentaire de recherche des informations.

Constat prérempli
Chutes de neige inattendues
Carte Verte pour constat
Chutes de neige inattendues

 

Les circonstances Ă©taient claires et n’avaient pas d’interprĂ©tation possible : 
Le vĂ©hicule derriĂšre nous Ă©tait Ă  l’arrĂȘt et mon mari reculait !
Sur le document, cela donne ceci :

ArrĂȘt Collision jour de neige
Reculait Jour de neige

 

Le constat a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© dans le calme, notre adversaire Ă©tait presque content d’avoir Ă©tĂ© heurtĂ© Ă  l’avant, au vu de l’Ă©tat de son pare-chocs !  

Notre attelage avait fait une petite Ă©gratignure noire sur la peinture blanche, rien de bien mĂ©chant mais comme les pare-chocs ne sont plus rĂ©parĂ©s mais remplacĂ©s ; je savais qu’il Ă©tait inutile de notifier l’Ă©tat antĂ©rieur du pare-chocs puisque notre impact suffisait Ă  procĂ©der au renouvellement de celui-ci.

Nous étions responsables et basta.  Il faut parfois faire profil bas et reconnaßtre ses torts.

Chutes de neige inattendues

Maintenant, c'est Ă  vous !

Ci-dessous, dans les commentaires, racontez-moi le souvenir d’une journĂ©e oĂč tout va de travers !

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3 commentaires

  • Sabine R

    Oh lalalalala
    Mais quelle sĂ©rie d’évĂ©nement !
    C’est hallucinant ! Et comment ça s’est fini à la maison ?
    Oui parfois il faut faire profil bas tu as raison

    • Corine

      HĂ© oui Sabine, effectivement, l’aventure n’Ă©tait pas finie pour la maison : dĂ©blayer les arbres couchĂ©s sur un kilomĂštre (la mairie avait d’autres chats Ă  fouetter et les voisins sont ĂągĂ©s) avec une rupture du neutre grillant tous mes appareils Ă©lectriques – donc ni chauffage ni eau chaude pendant quelques jours -, l’absence de train pendant plus d’un mois m’obligeant Ă  aller Ă  une gare Ă  40 min (pour Ă©viter le stationnement payant du centre ville) 
 bref, une belle succession de dĂ©sagrĂ©ments. Comme la suite de mes mĂ©saventures n’Ă©taient pas du tout en lien avec le « Constat amiable », j’avais arrĂȘtĂ© ma narration 😋 mais ce fĂ»t une pĂ©riode assez difficile Ă  vivre, je l’avoue !

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